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À circonstances exceptionnelles, budget exceptionnel mais aussi, déficit exceptionnel ! Et, en l’absence de réforme réelle, aucune raison de ne pas aboutir, encore et toujours au même résultat plus qu’insatisfaisant…

“Monsieur le Président, Monsieur le ministre, Monsieur le Président de la commission des finances, Monsieur le rapporteur, Chers collègues, À circonstances exceptionnelles, budget exceptionnel mais aussi, déficit exceptionnel ! La situation dans laquelle nous nous trouvons est sans équivalent dans notre histoire contemporaine. Sans équivalent et totalement imprévisible. Ce qui était impossible il y a quelques mois devient possible aujourd’hui, comme par magie. Un véritable tonneau des Danaïdes cependant ! Et, en l’absence de réforme réelle, aucune raison de ne pas aboutir, encore et toujours au même résultat plus qu’insatisfaisant… En attendant, il nous faut agir. Et le faire prioritairement envers les secteurs les plus touchés par l’épidémie. Je pense aux bars, restaurants, hôtels, mais aussi à ceux qui sont moins souvent mentionnés comme les agences de voyage, dont je vous ai parlé la semaine dernière, monsieur le ministre, et qui, de par les multitudes de situations rencontrées, nécessitent une écoute particulière et un véritable travail de dentelle. Je voudrais également évoquer l’aide aux commerces de proximité. Vous avez indiqué, monsieur le ministre, que des foncières seront mises en place avec le concours de la Caisse des dépôts et consignations, ce qui permettra d’acheter des commerces en grande difficulté, voire fermés. C’est une bonne chose. Mais cette possibilité de créer des foncières existe déjà dans le cadre du Plan action cœur de ville. A Béziers, nous avons travaillé dans cet objectif avec la Caisse des dépôts. Toutes les études sont achevées – près de deux ans de travaux – et la CDC est d’accord pour entrer au capital de cette société foncière à hauteur de 50 % environ. C’est une très bonne nouvelle mais, faute de partenaires privés, nous aurons du mal à démarrer rapidement ces opérations si nécessaires à notre centre-ville. Monsieur le ministre, sans incitation des banques privées à prendre leur part dans ce genre de mécanisme, nous ne parviendrons pas à stimuler et protéger notre commerce de proximité ! C’est là que nous devons concentrer nos efforts, au lieu de nommer des « sous-préfets à la relance » ! J’attire également votre attention sur un secteur bien spécifique, celui des travaux publics, pour lequel on note une chute de 40 % des appels d’offres. Cela signifie concrètement que le carnet de commandes de ces entreprises est en train de fondre comme neige au soleil. Le secteur du bâtiment neuf, tout particulièrement, a connu un véritable décrochage l’année dernière. Monsieur le ministre, pouvez-vous nous garantir la stabilité ou, mieux encore, l’amélioration du cadre fiscal incitant à la construction neuve ou à la rénovation lourde ? Je pense notamment à l’extension de l’expérimentation Bretagne du dispositif Pinel à d’autres régions, comme l’Occitanie bien sûr, mais aussi la possibilité de surclasser des communes classées B2 pour les faire passer en B1 lorsqu’elles répondent à certains critères bien déterminés. Il y a urgence ! L’augmentation des crédits alloués au régalien est une autre caractéristique de ce projet de loi de finances. + 433 millions d’euros pour le ministère de l’Intérieur, et + 610 millions d’euros pour la Justice, soit une hausse inédite de 8 %. Ils en avaient bien besoin ! Nous serons naturellement attentifs à la manière dont ces nouveaux crédits seront déployés afin, notamment, qu’ils concordent avec la protection légitime de nos forces de l’ordre ou, par exemple, les promesses électorales du Président Macron de créer 15.000 places de prison durant son quinquennat. Le temps me manque mais je ne peux pas passer sous silence l’effort alloué à l’enseignement supérieur, qui augmente de 500 millions d’euros. Bravo ! J’espère seulement que cet argent permettra aussi de remédier à une certaine injustice. Deux chiffres seulement : 78 % des étudiants de notre académie poursuivent leurs études à Montpellier contre 1,4 % seulement à Béziers : où est l’égalité territoriale dans cette affaire ? Enfin, et je finirai par cela, vous affirmez tenir particulièrement au caractère sincère de cette loi de finances. Vous nous proposez ainsi de supprimer sept petites taxes « à faible rendement ». Très bien. Mais supprimer celles liées à l’exploitation d’œuvres pornographiques ? Vous êtes sérieux ? Je vous proposerai en revanche, cette année encore, de supprimer la niche fiscale des journalistes : un bon signal à mon avis en faveur de l’indépendance de la presse et une mesure égalitaire, vous en conviendrez, puisqu’il n’y a plus aucune raison en 2021 de permettre à un journaliste, à salaire égal, de payer deux fois moins d’impôt qu’un Français exerçant une autre profession… Mais, je vous le concède, déplaire à ceux-là mêmes qui vont vous interroger à la sortie de cet hémicycle n’est pas facile. Il faut juste un peu de courage. Je ne doute pas que vous en ayez !”