Je vous propose de retrouver mon allocution à l’occasion de l’examen du projet de loi sur l’organisation de la sortie de l’état d’urgence sanitaire

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Monsieur le président, 

Monsieur le ministre,  

Monsieur le rapporteur,  

Mes chers collègues,  

Le Conseil scientifique estimait il y a peu que « l’amélioration de la situation et la dynamique à la fois hypothétique, localisée et probablement maîtrisable d’une reprise de l’épidémie justifiaient […] une sortie de l’État d’urgence sanitaire ». 

Dans ce contexte, nous ne devrions même pas être réunis aujourd’hui. La fin de l’état d’urgence sanitaire est prévue pour le 10 juillet prochain. Pourquoi voter un nouveau texte si la situation est, comme on nous le répète depuis plusieurs jours maintenant, « sous contrôle » ? Et pourtant, vous avez exprimé le besoin d’une étape transitoire…  

Pour quelle raison ? Au nom de notre sécurité sanitaire. L’argument massue qui peut faire hésiter même le plus téméraire d’entre nous. Qui, ici, prendrait le risque de voir l’épidémie repartir de plus belle sans l’avoir anticipé, sans avoir prévu les réponses pertinentes et adaptées à une situation hors du commun ? Personne bien sûr. 

C’est pour répondre à cette peur, cette angoisse d’une nouvelle vague épidémique, que le Gouvernement souhaite mettre en place une phase de transition ou plutôt devrais-je parler de « liberté conditionnelle » de tout notre pays.  

Pour cela, que prévoit-il ? Des restrictions sur la circulation des personnes et des véhicules, ainsi que sur l’accès aux moyens de transport. Des restrictions pouvant aller jusqu’à la fermeture provisoire, concernant l’accueil du public dans certains établissements. Et, dernière mesure mais non des moindres, la réglementation des rassemblements sur la voie publique ainsi que les réunions de toute nature qui seront soumises à autorisation et ce, jusqu’au 30 octobre.  

Bref, pour dire les choses autrement, ou pour les dire clairement, un nouvel état d’urgence qui ne dit pas son nom… 

On aurait pourtant espéré qu’après avoir demandé aux Français d’immenses sacrifices, avec leur cortège de conséquences, économiques bien sûr mais aussi sociales ou en termes d’éducation pour nos enfants, le gouvernement ne choisisse pas les mêmes armes. 

Ces armes qui, prises dans l’urgence, ont certes sauvé des vies, mais vont en laisser bien d’autres sur le bord du chemin. Je parle bien sûr de ces entreprises en faillite, de ces salariés, artisans, libéraux qui, si ce n’est pas déjà fait, vont perdre leur travail. Je parle de cette immense fragilité dans laquelle se trouve notre pays qui croule sous le poids d’une bureaucratie et d’un centralisme toujours plus prégnants, nonobstant les incantations du Président de la République sur le rôle essentiel des élus locaux et autres couples maire/préfet…  

Aussi, comment ne pas s’offusquer qu’à l’heure de choix cruciaux, vitaux, qui engagent plusieurs générations, le gouvernement ne trouve rien de plus urgent que discuter d’un projet de loi, dans quelques jours, pour permettre aux couples de femmes et aux femmes seules de recourir à la PMA, soit priver délibérément un enfant de son père ! Comment ne pas en être choqué ? D’ailleurs, nos concitoyens le sont puisque, selon un dernier sondage IFOP, 7 Français sur 10 y sont opposés ! 

Et comment ne pas imaginer que cela tombe à pic pour vous alors que, en plein état d’urgence sanitaire, les manifestations restent interdites…  

De la même façon, à l’heure où notre pays se fracture, se communautarise, à l’heure où notre police est décriée, agressée, abandonnée, on voit passer dans la presse les 100 priorités des députés de la majorité pour les deux ans qui leur restent… Parmi lesquelles vous proposez de « créer un service indépendant d’enquête et d’inspection des forces de l’ordre » – l’IGPN appréciera -, d’encourager « la multiplication des contacts entre écoles et entreprises » – à ce degré de généralité, on croit rêver ! -, ou encore de créer une formation sur les « stéréotypes de genre » : une urgence absolue à l’heure d’un déficit public français à 11,4 % et une dette évaluée à 115 % du PIB cette année… 

Quelle honte ! Le costume est décidément trop grand pour vous. L’économie est asphyxiée, sous respirateur artificiel, maintenue en vie par un endettement sans précédent et votre priorité, ce n’est pas de vous attaquer au réel, c’est l’idéologie. 

Alors je vous mets en garde car si, dimanche soir, Emmanuel Macron invoquait « l’énergie du jour qui vient », à force d’être à ce point déconnectés de la réalité que vivent les Français, de les mépriser, et tout simplement à cause de votre indécence, cette énergie qui vient risque bien d’être destructrice. Mais destructrice pour la France… D’ailleurs, il n’y a qu’à regarder l’actualité pour s’en rendre compte. 

Je voterai donc contre ce texte qui n’est que l’incarnation de votre double langage, de ce « en même temps » devenu votre marque de fabrique et qui n’est décidément pas à la hauteur…