Je vous propose de retrouver mon allocution à l’ouverture de l’examen du nouveau projet de loi pour proroger l’état d’urgence sanitaire.

“Monsieur le Président,Monsieur le ministre,Madame la Présidente de la Commission des lois,Madame le rapporteur,Avouez-le, il y a un certain paradoxe à discuter icide la prorogation de l’état d’urgence sanitaire alors que, dans le même temps, notre Premier ministre s’exprime dans les médias sur les modalités du déconfinement et annonce même des mesures que nous n’avons pas encore votées. Du coup, on a un peu l’impression d’avoirun temps de retard… ou d’être particulièrement inutiles. Pour que les nouvelles mesures que nous adopterons ce soir ou demain soient acceptées par les Français, il faut, et c’est le maître-mot de cette crise sanitaire, de la confiance! Confiance qui n’est malheureusement pas au rendez-vous. Selon un sondage Odoxa publié il y a quelques heures, les Français sont presque 60% à ne pas faire confiance à l’exécutif pour réussir le déconfinement. Plus intéressant, on découvre qu’ils sont en revanche tout à fait prêts à ce que ce déconfinement soit adapté… au cas par cas! Le cas par cas, c’est la proximité, bref, le bon sens des Français.Et c’est bien ce que vous préconisez quand vous vantez à longueur de discours le couple «maire-préfet». Oui, le maire devrait être le premier à qui demander si l’on peut de nouveau autoriser l’accès aux plages, aux forêts ou aux abords d’un lac, si le bar-restaurant de sa commune – dans laquelle aucun cas de Covid-19 n’a été décelé – peut réouvrir dès le 11 mai, ou s’il peut ouvrir sesécoles et dans quelles conditions. C’est ce que je développerai d’ailleurs dans mes amendements.Malheureusement, cette mise en avant, cet élogedu maire n’est que façade. J’en ai plusieurs exemples dans ma circonscription. Le dernier en dateest d’ailleurs particulièrement choquant.A Béziers, le maire a proposé – en concertation avec le Dasen, les représentants des directeurs d’établissements, les professeurs et les représentants de parents d’élèves – en plus des gestes barrières, du gel hydroalcoolique, des masques pour tous les personnels, etc. etc., il a prévu des masques pour les enfants de plus de 6 ans au cas où la doctrine du Gouvernement changerait une fois encore sur ce sujet. Et même des thermomètres flash pour prendre la température de tous.Comme parents et enseignants continuaient d’être inquiets, le maire de Béziers a proposé à tout le personnel des crèches et des écoles de se faire tester. Pour qu’ils sachent s’ils sont contaminés, pour que tous puissent retourner travailler sans crainte et sans risque, ni pour eux ni pour les enfants. A quoi l’ARS et le préfet ont répondu non. Arguant que le personnel des crèches et des écoles ne sont pas un «public prioritaire». Franchement, on croit rêver! Mais c’est vrai, ce n’est pas la fameuse doctrine officielle. Anne Hidalgo, maire de Paris, a prévu les mêmes tests pour les écoles: l’en empêchera-t-on? Le maire de Saint Victoret dans les Bouches du Rhône également: a-t-il reçu interdiction de le faire? Au nom de votre fameuse doctrine, vous avez déconseillé aux maires, au début du confinement,de faire fabriquer des masques en tissu, prétendant qu’ils étaient inutiles et même, je cite le préfet de l’Hérault, «dangereux»: heureusement que l’on ne vous a pas écoutés… Vous vous entêtez à trouver des excuses pseudo-scientifiques pour cacher vos négligences: hier lemanque de masques, aujourd’hui le manque de tests! Décidément, vous ne faites confiance à personne.Si ce n’est à votre conseil scientifique et à vos cabinets ministériels…Et vous vous étonnez que l’on n’ait pas confianceà la lecture des dispositions de l’article 6 de cetteloi, celui qui met en place le fameux systèmed’information pour lutter contre l’épidémie.Comment ne pas s’inquiéter de voir nos donnéesmédicales et personnelles, stockées etpartagées? De voir le secret médical divulguépour alimenter une base de données qui pourraêtre piratée ? De voir que le consentement nesera pas la règle? Oui, comment ne pass’inquiéter?La confiance est, je le répète, le maître-mot d’unesortie de crise et d’un déconfinement réussis. Le Premier ministre le sait, qui ne cesse de le répéter, et encore à l’instant pour conclure sa conférence de presse, expliquant même, ce matin, dans une circulaire aux préfets, que «la situation particulière conduit à rechercher systématiquement l’accord des maires» et à privilégier chaque fois le dialogue plutôt que l’utilisation des voies de droit. Essayez d’apprendre de vos expériences et de ce que vous vivez. La crise des gilets jaunes avait déjà mis en lumière l’impérieuse nécessité de vous rapprocher de nos élus de terrain. Faites en sorte que cette confiance dont vous vous réclamez ne soit pas que des mots, des discours, de la rhétorique, de la doctrine. Mais qu’elle s’incarne au contraire dans chacune de vos décisions prise au plus proche des Français.Sans cette confiance de nos concitoyens et de nos élus locaux, nous ne sortirons pas de cette crise. Alors, montrez-leur que vous la méritez!”